Mon premier atelier de lecture à voix haute

J’ai participé à un atelier de lecture à voix haute et c’était INCROYABLE !

Mais laissez-moi rembobiner un peu pour vous expliquer le contexte.

Il y a maintenant 2 ans, j’ai commencé à porter le rêve d’avoir un jour un podcast, de « poser ma voix », d’écrire et d’être lue, de créer un projet autour des mots… oui, un peu tout ça en même temps. C’était flou mais bien présent en moi. 

Plus les mois passaient et plus les envies prenaient racine précisément…

Participer à des ateliers d’écriture pour m’entraîner.

Écrire dans mon intimité, d’abord.

Être lue, ensuite.

Me lancer dans un projet d’écriture, un jour.

Partager mes lectures, assurément.

Créer autour des émotions que me procurent les livres et les mots des autres, et comment !

Utiliser la voix pour transmettre différemment, pourquoi pas.

Me former à l’écriture, peut-être plus tard.

Lancer un podcast, oui oui et re-oui.

Reprendre le chemin du blog, j’y suis. Bienvenue à nouveau.

Plus les mois passaient et, aussi, plus je me mettais en mouvement, après de longues réflexions. J’ai finalement posé les fondations de L’emprunteuse de Mots au printemps 2024 : un projet créatif, poétique et sensible auquel je dédierai sûrement un article entier. Et chemin faisant, les choses se sont mises en place petit à petit. En révélant au grand jour l’univers et la vision que je portais en moi, j’ai eu la chance d’être accompagnée par une amie photographe pour créer des séances photo inspirées. Un peu plus tard, une autre amie, ayant participé à un shooting, me propose un temps sur un de ses événements pour organiser une installation photos & mots – toute en délicatesse et légèreté – ainsi qu’une discussion (avec public) autour du pouvoir des mots et de l’écriture dans la dynamique thérapeutique. Ce sera le premier épisode du podcast à naître. Sans oublier, cette jeune femme dans le public, qui nous complimente, me parle de ma voix, de ma lecture, de scène et de théâtre. Un bel effet papillon. Nous sommes là en octobre 2024 et la perspective de retrouver la scène m’a effleuré l’esprit, pas pour danser cette fois, mais bien pour lire et dire. À voix haute. 

Un rapide tour sur internet plus tard, j’avais trouvé quelques scènes ouvertes dans ma région. À tel point que j’en avais fait un objectif pour 2025, une intention posée à l’avance qui ressemblait à « l’an prochain, parmi les choses que je veux réaliser il y aura celle-ci : participer à une scène ouverte et lire un poème ou un texte que j’aurais écrit ». Et puis, à peine avais-je remis à plus tard ce souhait, qu’il revenait à moi avec une intensité imprévue : mes idées me réveillaient la nuit, pour écrire, l’esquisse d’un sujet, l’ébauche d’un texte et l’état de flow qui en découle… L’inspiration n’attend pas le petit matin, elle n’a que faire de l’heure ou de l’endroit, elle tambourine jusqu’à ce qu’écoute intérieure il y ait. Alors, je me suis posée et j’ai écouté. J’ai tendu l’oreille et tout m’est parvenu. J’ai écrit, ré-écrit, repris. J’ai fait des pauses et je me suis laissée le temps de la maturation. Voilà alors ce qui m’a frappée : finalement, pourquoi attendre 2025 ? J’en ai envie maintenant, tout mon corps me prépare à ça et partagée entre l’excitation et une forme de peur panique, j’y ai sérieusement songé jusqu’à franchir un premier pas pour désamorcer la peur liée à sortie de zone de confort que cela représente pour moi.

Ce qui nous amène à ce fameux dimanche 8 décembre, date à laquelle j’ai participé à mon premier atelier de lecture à voix haute. C’était un événement, comme un cours, proposé à la Cave Poésie, « lieu des littératures en scène ». Une matinée entière dédiée à la voix, aux mots parlés, déclamés, proférés, étudiés sous divers prismes (poésie, théâtre, discours…).

Sur le site internet de la Cave Po’, j’ai lu :

« Chaque écriture recèle son propre « chant ».
Par sa singularité, elle nous révèle un point de vue, une «vision du monde».
Lire à voix haute est un acte de passage. 

L’atelier s’adresse aux passeuses et passeurs de parole, aux personnes souhaitant partager un texte avec un public, dans un cadre professionnel ou privé et qui, pour cela, désirent améliorer leur pratique. […] » 

Et il ne m’en a pas fallu plus.

9h pétantes, je marche sous la pluie pour remonter la rue du Taur, quelques textes photocopiés sous le bras et mon courage en bandoulière. J’ai presque l’impression de revenir sur les bancs de l’école sauf qu’en poussant la porte de la salle principale, elle s’ouvre sur un bar, faisant face à une scène de bois encadrée de rideaux noirs et quelques chaises regroupées. Je me présente à l’intervenant « enchantée, je suis la nouvelle », un groupe discute près du comptoir, un participant prépare du café et une autre a ramené des croissants. On me prévient que les conditions sont inhabituelles : on ne devrait pas être dans cette salle, il y a eu un concert la veille et rien n’a encore été nettoyé. Ça sent les lendemains de bonnes soirées, remplies de rires, de musique et de bière poisseuse au sol. Aux murs : des dizaines de posters de groupes et affiches de précédents événements recouvrent la brique toulousaine. « Poésie is not dead ». Je suis bien d’accord. Le calme d’une salle de spectacle un dimanche matin de décembre me donne l’impression d’une certaine forme de clandestinité, mêlée à une sorte de privilèges qui me fait battre le coeur très fort ce jour-là : j’ai une vie dans laquelle je passe un dimanche comme un autre, proche d’une scène, pour m’entrainer à dire de la poésie. Ça me parait fou. À quel moment ai-je commencé à emprunter ce chemin ? 

Nous avons tous et toutes travaillé à partir de textes soigneusement choisis, j’avais même pris mon texte, mon poème, soufflé quelques semaines plus tôt, dans l’espoir plutôt courageux de pouvoir en faire la lecture à voix haute et, de fait, m’entraîner pour les scènes ouvertes. Mais pour débuter, ce n’était pas l’idéal, alors qu’à cela ne tienne, je pratiquerai mes mots différemment. J’avais, pour l’occasion, sélectionné un extrait de la préface de Poésie involontaire et poésie intentionnelle de Paul Éluard ainsi que deux textes tirés du recueil Être mère de Julia Kerninon.

Le reste de la matinée de lecture à voix haute se résume simplement : chaque participant passe un à un, avec les textes qu’il ou elle a préparés, reprenant des passages, l’intervenant guidant l’exercice et suggérant des accents, du rythme, des respirations. Il nous demande de penser aux silences pour avoir le temps de l’imagination, de voir l’écho que les mots font en nous, et c’était beau. Il nous souffle que les consonnes pouvaient faire office de murs entourant des voyelles plus légères, et c’était beau. « La poésie c’est ancré, c’est du vivant, on cherche à faire sortir la chair, il faut de l’air et oser habiter une parole. On ne comprend pas toujours mais on voyage. » Et j’aurais pu pleurer tellement c’était absolument tout ce dont j’avais besoin. Savoir qu’il existait des espaces comme celui-ci, avec d’autres personnes passionnées par les mots et tout ce qu’ils impliquent. Que c’est doux… Une seule pensée tourne en boucle à ce moment-là : je suis au bon endroit.

Et l’histoire continue puisqu’après une semaine de suspense (car j’étais sur liste d’attente pour m’inscrire pour la suite) : une place s’est finalement libérée et je peux rejoindre le groupe pour le cycle entier.

Derrière ce froid dimanche de décembre, ce matin hors du commun ainsi que tous les autres à venir, il y a surtout la fierté de me dédier ce temps, de croire suffisamment en moi pour avancer, malgré les peurs, les freins, les résistances en m’essayant à une expérience nouvelle. J’en parlais dans mon article d’introduction « Laisser s’exprimer ce qui se vit à l’intérieur » : ce que je cherche c’est d’habiter des espaces d’expression et d’expérimentations. J’ai souvent en tête l’image de repousser un peu plus loin les limites de ma zone de confort, comme si elle était entourée de murs, certes protecteurs et parfois moelleux, mais qui semblent étroits à la longue. C’est toujours dans ce genre de situations que je me rappelle ces mots d’Anaïs Nin…


« Vint un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore. »

Anaïs Nin

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